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Oscars 2021 : les costumes vintage de Le blues de Ma Rainey

Le style des années 20.
Temps de lecture : 5 minutes

Nommé à 5 reprises pour les Oscars 2021, Le blues de Ma Rainey (Ma Rainey’s Black Bottom), dépeint un Chicago des années 20 plus vrai que nature et suit Ma Rainey, une chanteuse, et son quatuor lors de répétitions houleuses.  

Tout est fait pour retrouver l’ambiance blues sulfureuse du début du siècle dernier : des décors somptueux, une mise en scène millimétrée, des personnages hauts en couleurs et… des costumes qui ne demandent qu’à gesticuler au rythme des trompettes et autres contrebasses ! 

Les looks (désormais) vintage du film sont maîtrisés par Ann Roth, célèbre costumière qui n’en est pas à son coup d’essai : les costumes de The Hours, Le Patient anglais et Retour à Cold Mountain, c’est elle ! 

La garde-robe de Ma Rainey vaut évidemment le détour. Mais déformation professionnelle oblige : nous avons choisi de faire un zoom sur les costumes vintages de Chadwick Boseman et de ses compères musiciens.

Les costumes comme extensions des personnages

Plus que de simples artefacts, les costumes de Le blues de Ma Rainey sont imaginés comme de véritables extensions des personnages. Ils sont des vecteurs d’émotions et de personnalités

Même s’ils ne sont pas très variés ! 

Le film étant tiré de la pièce de théâtre éponyme de August Wilson, les décors sont en effet réduits et chaque personnage masculin ne porte que 2 costumes différents tout au long du film. Et ils en sont d’autant plus important !

La majeure partie de l’action se déroule sur une journée et nous apprenons notamment à connaître intimement le sens vestimentaire du quatuor, au détour de leurs interactions avec leurs tenues au rythme des dialogues et du blues : desserrer une cravate, faire tomber la veste, enfiler des chaussures… 

Tant de détails qui expriment un état d’esprit, comme chacun au quotidien, finalement. 

Deux lignes de dialogue ont d’ailleurs attiré notre attention : 

Levee: I knows how to play real music, not this old jug band shit! I got style.

Toledo: Oh, everybody got style! Style ain’t nothin’.

Si Levee s’exprime ici par rapport à la musique, sa réflexion peut aisément s’étendre au style vestimentaire. Surtout lorsqu’on connaît l’importance des apparences du personnage… arrivé en retard à la répétition parce qu’il achetait des chaussures (et pas n’importe lesquelles) !

Et Toledo a également raison : tout le monde a le style. Son style à lui !

Ann Roth, la costume designer qui donne vie aux vêtements

C’est Ann Roth qui a la lourde tâche de donner vie aux vêtements de Levee, Ma Rainey et consorts. 

Habituée du 7ème art (Le Patient anglais, Mamma Mia!, Pentagon Papers), la costumière veille toujours à ce que les vêtements de ses personnages aient une véritable identité, une vie et un ancrage dans le réel. Ils doivent avoir un background, comme les personnages. 

Nous pouvons notamment lire sa réflexion dans Fashionista : “Ils (NDLR : les musiciens) doivent porter une chemise et une cravate et voyagent en bus et en train ; et ils voyagent beaucoup et leurs vêtements en prennent un coup“.

Elle poursuit : “S’ils se produisent la nuit, ces costumes sont soit suspendus au dossier d’une chaise dans une chambre en location quelque part. Ils n’ont pas de costumière ni de valet. Certains d’entre eux enlèvent leur pantalon, le plient et le mettent entre le matelas et le sommier. Cela arrivait souvent. Ça enlève les plis !

Enfin, presque tous les plis. Ce qui explique notamment les beaux ensembles du quatuor qui sont légèrement froissés pendant tout le film. Seul leur tenue de soirée, pour la représentation publique, est parfaite.

Cette attention toute particulière aux costumes est d’ailleurs remarquée : Le blues de Ma Rainey est nommé dans la catégorie des meilleurs costumes aux Oscars… et a déjà remporté le BAFTA Awards du “Best Costume Design” !

Chadwick Boseman (Levee), en costume trois pièces dépareillé

À l’écran, comme au quotidien, le style de Chadwick Boseman n’était jamais laissé au hasard. À l’instar de sa performance, le look développé par Ann Roth pour le personnage de Levee exprime la quintessence vestimentaire de la fin des années 20. Mais également l’audace du personnage.  

Boseman, pendant la majorité du film, est vêtu d’un indispensable costume trois pièces dépareillé : une veste de costume à fines rayures blanches qui contraste avec un gilet et un pantalon gris au tissage écossais subtil. Un décalage qui s’oppose aux trois autres musiciens dont les ensembles sont entièrement raccords. 

Sa veste, plutôt large, permet également de flatter quelque peu la carrure maigrichonne de Chadwick Boseman (ça le change de Black Panther !).  

Un des éléments forts de la tenue de Levee est aussi ce gilet à six boutons, avec pantalon assorti, à dos satiné. Détail peu élégant, mais pratique (et que ne vous conseillons pas) : il utilise la poche de son gilet pour y glisser un mouchoir qui lui sert à nettoyer/polir sa trompette. 

Autre petite erreur de style que nous vous conseillons d’éviter : laisser le gilet complètement ouvert. Par contre, laissez bel et bien le dernier bouton (en bas) ouvert !

Une chemise à rayures bleues/blanches (voire écrues) et au col assez long et pointu dialogue parfaitement avec son costume.

Des chaussures jaunes pour souligner l'audace de Levee

On ne peut pas évoquer la tenue de Chadwick “Levee” Boseman sans faire référence à ses chaussures… jaunes ! Et plus précisément : des brogues à bout fleuri.

Un détail qui dénote à une époque où les chaussures étaient traditionnellement noires (pour l’église) et marrons (pour le travail). Et une volonté de souligner l’ambition et l’originalité de Levee, qui ose imposer sa personnalité parmi ses pairs – c’est le cas de le dire. Mais également dans une époque dominée par la ségrégation raciale. 

Un Fedora en feutre de couleur olive et une cravate à imprimés géométriques, non sans référence à l’Art déco, viennent compléter ce look audacieux et vintage… mais non moins stylé !

Le look de Boseman/Levee met en exergue des pièces fortes de l’époque, qui, dans certains contextes, ont encore leur place aujourd’hui ! 

Colman Domingo (Cutler) : conformisme, bretelles et cravate à motifs arabesques

Colman Domingo incarne le rôle de Cutler : un personnage gentleman qui cultive l’élégance dans ses tenues ! Même s’il est plus conventionnel, à l’image du personnage qui se plie aux dires de Ma Rainey (l’excellente Viola Davis !). 

Son look se constitue d’une chemise blanche et d’un pantalon gris. Le tout ponctué d’une cravate aux motifs prépondérants et aux courbes à tendances arabesques

À l’instar de Slow Drag, il porte également des bretelles larges en Y à boutons… et donc pas de gilet !

Glynn Turman (Toledo), le costume complet trois pièces avec style

Pour rehausser les traits de son personnage plutôt vieille école, Glynn Turman se cantonne à des tenues très classiques à l’instar de son costume trois pièces légèrement ligné et homogène.  

Le tout sur une chemise au ton clair pour un léger contraste. 

Sa tenue est sans doute la plus soignée et le moins froissée. Elle témoigne d’une certaine sagesse et d’une certaine expérience. 

Il reflète donc beaucoup de charisme tout en respectant les codes vestimentaires établis de l’époque. 

Michael Potts (Slow Drag), l'élégance discrète

Personnage plus discret, le contrebassiste Slow Drag l’est également dans ses tenues. 

Vêtu dans les tendances actuelles mais sans plus, le personnage opte pour des bretelles et des chemises sobres. 

Il assure l’élégance minimale… mais efficace !

Le blues de Ma Rainey : quintessence des tendances vestimentaires des années 20

Au travers de ces différents personnages, Ann Roth se sert des accessoires et des tenues emblématiques d’une certaine époque pour exprimer leurs caractéristiques. Avec plus ou moins d’audace, mais toujours avec style. 

Elle démontre également que l’utilisation d’un même accessoire, dans la manière de le porter, exprime énormément de choses. Et une cravate, un gilet ou une paire de chaussures, en fonction de sa couleur, de ses motifs ou de son appropriation, reflètent votre personnalité.

En attendant patiemment la cérémonie des Oscars de ce 26 avril, on vous invite à visionner le film sur Netflix

Rendez-vous le 26 avril pour voir si Le Blues de Ma Rainey complètera sa collection de statuettes après avoir glané, entre autres, 2 Golden Globes et 2 BAFTA Awards (dont les meilleurs costumes !). 

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