The Card Counter : vengeance, casinos et rédemption par le scénariste de Taxi Driver [Critique]

Pas de quoi être bluffé.
Temps de lecture : 5 minutes

LA NOTE DE LA JAGGS TEAM :

GLOBALE

3/5

COSTUMES

3.5/5

On vous l’annonce d’emblée : The Card Counter, n’est pas un film sur les casinos. Ou du moins pas comme le cinéma américain nous l’a glamourisé ces dernières décennies. 

Réalisé par Paul Schrader, scénariste entre autres de Taxi Driver, Obsession et Raging Bull, le film mêle une histoire de vengeance sur fond de tournois de poker avec une certaine critique de la politique menée par les États-Unis lors de la guerre en Irak. Tout un programme. 

Mais que vaut vraiment ce thriller produit par Martin Scorsese et porté par Oscar Isaac et son style énigmatique ? Oui, on aime laisser le suspens…

Non, The Card Counter n'est PAS un film sur les casinos !

Rongé par son passé, William Tell (Oscar Isaac), ancien militaire devenu joueur de poker, sillonne les casinos mécaniquement pour survivre. 

Il croise alors la route de Cirk (Tye Sheridan), un jeune homme plutôt instable obsédé par l’idée de venger la mort de son père. Alors qu’il prépare un important tournoi de poker, Tell prend Cirk sous son aile, bien décidé à le détourner des chemins de la violence, qu’il a jadis trop bien connus.

Méfiez-vous donc des apparences, The Card Counter, n’est pas un film sur un joueur de cartes. Ni même un une histoire à propos de casinos. 

Le contexte du jeu et du comptage de cartes ne sont que des moyens appréhendés par le protagoniste, William Tell,  pour – tenter – de maîtriser son environnement et ne plus jamais être hors de contrôle. Ou comme il le dit, pour ne pas “tilter”. 

Oui, si vous êtes néophytes, vous apprendrez plein de choses sur le poker et sur la manière de compter des cartes au Black Jack. Mais le coeur de l’histoire, le sujet essentiel de The Card Counter, ce sont les troubles du stress post-traumatique (TSPT). Et les raisons sociétales qui les ont créées.

Credit: Courtesy of Focus Features
Oscar Isaacs en costume dans The Card Counter
Credit: Courtesy of Focus Features

Un film (de) déséquilibré qui questionne la culpabilité de la politique américaine

Avec beaucoup de froideur, le long métrage de Paul Schrader met en exergue une certaine dénonciation de la politique américaine menée, notamment, pendant la guerre d’Irak. Il est ici question de torture, du camp de Guantánamo et autre prison d’Abou Ghraib pour ne pas les citer.  

Ce poids de la culpabilité passe donc par le personnage de William Tell, ancien tortionnaire, emprisonné seul pour les crimes de plein d’autres. Une personnalité écrasée par l’organisation militaire, broyée par le système carcéral et pulvérisé par ses actes cautionnés, voire demandés par une politique qui le dépasse. 

Bref, un personnage déséquilibré. Mais conscient de ce déséquilibre qu’il tente tant bien que mal de maîtriser. Ou plutôt de contenir. En résulte logiquement un personnage froid… et malheureusement un film du même acabit !

Loin du glamour des casinos de la sage Ocean’s, Las Vegas 21 ou de Casino, The Card Counter colle au personnage dans son ton glacial. Plus réel, évidemment, mais bien moins jouissif. 

Si on comprend ici les intentions, elles ont plutôt tendances à nous égarer dans un récit très distant et pourtant tellement intense au niveau de la psychologie des personnages et de leurs ressentis.

À l’instar des personnages, le film suit une linéarité lancinante qui ne mène nulle part. Un coup de poker que même le climax, affreusement plat, ne peut pas sauver.

Oscar Isaac, incarnation parfaite du mal être par le jeu… et le style

Surtout (re)connu auprès du grand public pour son rôle dans la dernière trilogie Star Wars, Oscar Isaac a déjà pu montrer l’étendue de son talent avec des films tels que Inside Llewyn Davis, A Most Violent Year, Dune ou encore l’excellentissime Ex Machina. 

Et il continue sur sa lancée dans The Card Counter. Son personnage est atteint d’un SSPT sévère, largement ancré dans ses actes et son état émotionnel. Le tout se laissant transparaître par de petits actes anodins, des tics, des semblants d’émotions.  

Si, comme déjà dit plus haut, le scénario et la réalisation peinent à convaincre, l’acteur américano-guatémaltèque livre une performance incroyable. Un personnage impressionnant de glacialité et aussi placide que ses tenues. 

Sans tomber dans des analogies trop évidentes, son personnage, William Tell, nous rappelle très aisément Travis dans Taxi Driver ou William Foster dans Chute Libre. Même si leurs manières de s’exprimer sont très largement divergentes et avec des intensités différentes. 

Credit: Courtesy of Focus Features

Analyse de style de William Tell : des vêtements en guise d'armure

Cheveux lissés en arrière, regard intense et toujours propre sur lui, William Tell s’est construit un style qui lui appartient. Et dont il ne dénote jamais. 

Une manière pour lui de maîtriser ce qu’il peut encore. 

Tout au long de The Card Counter, son vestiaire reste donc le même : sobre, simple et neutre. Ou pas. Car même un look que l’on veut quelconque a toujours une histoire à raconter. Eh oui, vous êtes toujours ce que vous portez

Comme son rituel de recouvrir les meubles de ses chambres de motels de draps blancs, Tell revêt une armure de vêtements. De quoi se préserver du monde extérieur. De quoi effacer une personnalité qu’il veut oublier. 

Pourtant, cette précision obsessionnelle, ce besoin d’être toujours impeccable dans les mêmes vêtements trahit ses émotions. Vous n’y voyez peut-être à première vue qu’un pantalon sombre, une chemise grise, une cravate et une banale veste sportive. Pourtant, tout comme chacun, sa personnalité est transcendée dans ses tenues.

Les vêtements de William Tell : veste en cuir et coton, chemise grise et pantalon à pince

Le dressing de Willam Tell n’est donc pas très étoffé. Mais le look qu’il porte à de nombreuses reprises, et qui est en avant sur l’affiche, est très représentatif du personnage. Et rien n’a été laissé au hasard par Lisa Madonna, la costume designer.  

On apprécie la veste sportive en coton avec des pièces en cuir sur les épaules pour un look décontracté, mais qui se marie également bien avec une chemise. Même si le noir, c’est pas trop notre truc. 

Le pantalon gris à pince renvoie beaucoup d’élégance d’autant qu’il semble composé d’une laine haut de gamme et affiche de légers motifs pour donner plus de relief. 

Sans oublier sa chemise grise texturée doublée d’une cravate foncée. 

Le tout rehaussé de lunettes de soleil Saint Laurent noires, de quoi s’effacer un peu plus (ou non).  

Oscar Isaacs chemise et costume dans The Card Counter
Credit: Courtesy of Focus Features

The Card Counter au cinéma le 29 décembre

The Card Counter sort ce 1er décembre dans les salles obscures.

Pas de quoi être bluffé donc, mais si vous n’avez rien d’autre à faire…

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