La SAPE : l’élégance comme religion au Congo - JAGGS
La SAPE : l’élégance comme religion au Congo

La SAPE : l’élégance comme religion au Congo

Sapés comme jamais.
Temps de lecture : 6 minutes

Pas besoin de vivre dans une grande capitale pour être un dandy avec un style qui claque. Pas besoin d’être riche non plus. Pour commencer, il suffit de le rêver !

La sapologie est bien plus qu’une simple manière de s’habiller. Le style des sapeurs congolais dépasse largement l’esthétisme. C’est un véritable mode de vie.

Bon, mais du coup, c’est quoi la SAPE !? Suivez le guide !

Les origines de la SAPE : la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes

Le mouvement de la SAPE remonte à l’époque coloniale des années 1920. 

André Grenard Matsoua est considéré comme l’inspirateur de ce mouvement : il est rentré de Paris « sapé » comme un gentleman, ce qui a suscité l’admiration de ses compatriotes. Il est connu sous le nom de « grand sapeur ». Ça ne s’invente pas ! 

S’habiller en costume était alors un signe de supériorité et d’élégance. Mais ce n’est que dans les années 1960 que cela devient une tendance et que la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes (SAPE) est créée à Brazzaville (République du Congo). Aujourd’hui elle est également pratiquée de l’autre côté du fleuve, à Kinshasa (République Démocratique du Congo).

Il y a encore des discussions sur le lieu et l’époque d’origine de la SAPE, mais Brazzaville s’est imposée comme l’actuelle capitale de la sapologie.

Avant, elle était principalement pratiquée par les hommes. Mais aujourd’hui on y trouve même des femmes sapeuses et des enfants sapeurs.

L’art de la sapologie : une théorie vestimentaire, mais aussi un art de vivre

La sapologie est avant tout une manière de s’habiller avec élégance. Les adeptes portent des costumes aux couleurs vives et des marques de luxe. Mais c’est aussi une religion qui détermine un véritable mode de vie.

Les sapeurs sont censés avoir un comportement irréprochable : ils suivent un code de conduite qui détermine leur manière d’affronter la vie. C’est une vision enthousiaste dont les valeurs sont la paix, le respect de soi, l’hygiène et le savoir-vivre. 

Ce mouvement s’approprie la mode de luxe des pays les plus riches pour revendiquer son droit de vivre avec bonheur et rêves. Comme tout un chacun, après tout.

Le style comme arme de révolution

Aujourd’hui, le choix de ce type de vêtements a une composante d’auto-affirmation sociale. Autrefois, le costume cravate avait plutôt une dimension politico-sociale importante. 

Peu après l’indépendance du Congo belge, Mobutu Sese Seko a pris le pouvoir à la suite d’un coup d’État. Il institue alors la « zaïrianisation », une politique de promotion de « l’authenticité africaine ». 

Ainsi, jusqu’en 1990 le costume et la cravate étaient interdits, considérés symboles de soumission aux codes culturels coloniaux selon les valeurs de la dictature. La doctrine vestimentaire de l’abacost (abréviation de « à bas le costume ») est imposée en faveur d’un vêtement congolais portant le même nom. Il s’agit d’un veston, en règle générale, à manches courtes, sans col ni cravate, d’un tissu léger. 

La SAPE, qui en était à ses débuts dans les années 1970, s’est retrouvée boostée par son aspect contestataire face aux politiques de la dictature. Une appropriation des coutumes vestimentaires des colons en guise de mouvement culturel et politique. Comme quoi…

Un voyage initiatique et des batailles de style : le parcours pour devenir un « grand sapeur »

En réalité, un Congolais est considéré comme un véritable sapeur lorsqu’il réalise le rêve de voyager à Paris (maintenant aussi dans d’autres capitales occidentales) et de revenir au Congo-Brazzaville en tant qu’ambassadeur de l’élégance

C’est à ce moment-là qu’il faut se montrer puis défendre son style dans des « batailles ». Bien sûr, ces affrontements sont toujours verbaux, jamais armés, résultat de leur défense de la non-violence. 

Pouvoir argumenter les choix vestimentaires, de même que savoir défiler ou poser, cela fait gagner des batailles ! Oui, monsieur !

C’est après des années de duels de style et d’accumulation de vêtements qu’un sapeur congolais devient un « grand sapeur ». Certains se spécialisent dans une marque particulière, d’autres deviennent les rois d’un vêtement ou d’un tissu particulier. 

D’autre part, les « petits sapeurs » sont ceux qui commencent dans le monde de la sape, qui sont encore obligés d’emprunter des vêtements de ses proches ou d’autres « petits sapeurs » pour avoir un peu de variété.

Propagation culturelle et internationale : du Congo au Japon, de Papa Wemba à Gims

La SAPE a désormais attiré l’attention et franchi les frontières à tous les niveaux.

Aujourd’hui la sapologie est pratiquée dans des capitales européennes, mais aussi dans d’autres pays d’Afrique tels que l’Ouganda, le Cameroun ou encore la Côte d’Ivoire où est (re)connue la sapologie africaine. 

Elle est aussi admirée et adorée jusqu’au Japon, où l’on vend des photographies, des affiches et des t-shirts imprimés d’images de sapeurs. 

Le rappeur français d’origine congolaise Gims a lancé en 2015 le titre « Sapés comme jamais » avec Niksa, aussi descendant de Congolais. Les paroles font référence à Brazzaville et Kinshasa, ainsi qu’à d’autres grandes villes de pays africains. 

Le clip de la chanson est une représentation du style de vie sapeur.

Une chanson qui a rencontré un vif succès en Belgique et en France, où elle a remporté le prix à la chanson originale de l’année lors de la cérémonie des Victoires de la Musique en 2015. Et maintenant, vous l’avez en tête. De rien.

Papa Wemba, le chanteur de rumba congolaise, reste quand-même la plus grande icône sapologue. 

En plus de sa carrière musicale, il a aussi travaillé en tant qu’acteur. Le film La vie est Belle où il jouait le rôle principal fut une injection d’espoir pour le peuple congolais. Il interprétait un jeune chanteur qui quitte son village pour atteindre la célébrité, ayant à parcourir, bien évidemment, un long chemin.

Papa Wemba a réussi une carrière internationale, notamment en Afrique et en France, qui lui a permis d’emporter la culture congolaise en dehors du pays.

 

Mais c’est une série de photographies de l’espagnol Héctor Mediavilla qui a mis l’art de la sapologie congolaise à la Une de la culture internationale. Sa série SAPE : Society of Ambianceurs and Elegant People (2006) témoignant le style de vie des grands sapeurs de Brazzaville et de Paris, a fait le tour du monde voyageant parmi les expositions les plus prestigieuses au monde. 

Le photographe britannique Tariq Zaidi a travaillé autour de ce thème plus récemment. Il vient de publier la deuxième édition de son livre-photo Sapeurs. Ladies and Gentlemen of the Congo (Kehrer, 2020). Il contient les images que vous avez pu apprécier tout au long de cet article…

Il y a même de la littérature pour enfants concernant la sapologie à Kinshasa. Concrètement, le livre de l’auteur-illustrateur camerounais Christian Epanya, Les rois de la sape (Océan Jeunesse, 2014). 

La preuve que la SAPE s’est vraiment propagée dans d’autres domaines, mais surtout, qu’elle fait partie intégrante de la culture africaine.

Les sapeurs : des gentlemen qui rêvent d'une meilleure version d’eux-mêmes et de leur entourage

L’achat de produits de luxe n’est pas accessible à tout le monde, mais rêver d’en porter l’est. Et cela suffit pour que les sapeurs y consacrent leur vie. 

Ils travaillent quotidiennement comme jardinier, chauffeur de taxi, policier, peintre en bâtiment, réparateur de toiture… Mais ils parviennent à se procurer des vêtements qui correspondent à cet art de vivre qui est devenu leur religion.

À travers leur mode de vie, les sapeurs transforment leur image et prospèrent socialement, ainsi que personnellement.

Dépenser du temps et de l’argent dans une pratique esthétique peut sembler futile lorsqu’on analyse la situation de pauvreté dans le pays. Mais cela reflète, tout du moins, le désir de ses habitants d’avoir une vie meilleure. Avec moins de violence, moins de pauvreté et moins de malheur.

La SAPE suscite beaucoup de critiques : beaucoup de Congolais ne comprennent pas l’investissement exorbitant d’argent dans l’habillement, compte tenu des problèmes existentiels qui les entourent. C’est notamment l’objet des peintures du congolais, Zemba Luzamba.

Peu importe l’origine, tout le monde peut devenir un gentleman

Cette tendance est toute une révélation pour ceux qui ne connaissent pas l’art de vivre de la sapologie, loin des préjugés construits sur le continent africain. 

La SAPE montre à la fois l’intérêt porté sur la mode européenne par les Congolais, mais aussi leur volonté de se l’approprier. C’est un subtil mélange de dandysme et d’insoumission !

En définitive, la SAPE prouve que tout le monde peut rêver et que tout le monde peut être un gentleman !

Vous avez apprécié l'article ? Partagez-le !

Envie de lire plus d'articles ?

E-SHOP

Recevez les derniers articles du JAGGS Mag !
Les meilleurs articles du JAGGS Mag en exclusivité dans votre boîte mail.

Notre site utilise des cookies, même quand ce n’est pas l’heure du thé, pour vous garantir une expérience des plus agréables sur notre site.

Panier
  • Aucun produit dans le panier.